Investir dans la forêt n'est plus réservé aux grands propriétaires terriens. Grâce aux Groupements Fonciers Forestiers (GFI), cet actif tangible devient accessible aux particuliers. Retour sur l'échange entre Marc Fiorentino, co-fondateur de Meilleurtaux Placement et Arnaud Filhol, co-fondateur de France Valley, pour comprendre les enjeux de ce placement de conviction.
Créé il y a 11 ans, France Valley est né d'un constat simple : la forêt est un actif à part entière, mais qui manquait d'acteurs appliquant les meilleures pratiques de la gestion d'actifs. Après la crise de 2008, le besoin d'investissements alternatifs et décorrélés des marchés financiers s'est accentué. France Valley a donc ouvert ce marché en créant des véhicules collectifs permettant de mutualiser la propriété forestière.
Le GFI : La "SCPI" des bois
Le concept du Groupement Foncier Forestier (GFI) est très similaire à celui de la SCPI immobilière. Au lieu d'acheter une forêt seul — ce qui demande un capital important (environ 15 000 € l'hectare) et expose à un risque unique (une seule essence, une seule région) — l'investisseur achète des parts d'un fonds.
Le fonds principal de France Valley, par exemple, gère aujourd'hui 600 millions d'euros d'actifs, répartis sur 200 forêts dans une quarantaine de départements français. Cette diversification est la clé pour lisser les risques climatiques et biologiques.
Comment se construit la performance ?
Contrairement à l'immobilier, la forêt est un produit de capitalisation. Les revenus sont principalement issus de deux sources :
- La coupe de bois : le prélèvement et la vente de bois génèrent un rendement brut d'environ 2,5 % par an.
- L'accroissement naturel : c'est le moteur principal. Les arbres poussent chaque jour, augmentant le stock de bois en volume, mais aussi en valeur unitaire (un gros arbre se vend plus cher au m³ qu'un petit).
Historiquement, le GFI phare de France Valley a vu la valeur de ses parts progresser de 4 % à 6 % par an ces dernières années.
Un marché porté par la transition écologique
Pourquoi la valeur des forêts augmente-t-elle ? Arnaud Filhol souligne trois facteurs :
- La construction : l'Europe est en retard, mais l'usage du bois dans le bâtiment explose pour remplacer le béton.
- L'énergie : le bois reste la première énergie renouvelable en Europe.
- La substitution au pétrole : de plus en plus de produits dérivés du pétrole (plastiques, composants chimiques) peuvent être remplacés par des matériaux biosourcés issus du bois.
"La forêt est une usine qui fabrique du bois, mais qu'on ne peut pas agrandir indéfiniment. Face à une demande qui explose, la valeur de l'actif progresse mécaniquement."
Fiscalité : IR et Succession
L'État encourage l'investissement forestier pour assurer l'entretien du patrimoine national :
- Réduction d'impôt (IR) : en entrant au capital d'un GFI (assimilé à une PME), l'investisseur peut bénéficier d'une réduction d'impôt sur le revenu de 18 %, en contrepartie d'un blocage des fonds, d'un risque de perte en capital et de liquidité (7 ans).
- Transmission : c'est l'un des outils les plus puissants pour préparer sa succession. Un abattement de 75 % s'applique sur la valeur des parts lors de la transmission, sans plafonnement, car on considère que l'on taxe la terre et non la récolte (le bois en croissance).
Quel horizon pour l'investisseur ?
La forêt est un placement de "temps long". S'il est possible de sortir après 7 ans pour des raisons fiscales, France Valley conseille un horizon de 10 ans minimum. C'est un actif patrimonial, vert par nature (labellisé Greenfin), qui offre une stabilité rare dans un portefeuille d'épargne. Les investissements forestiers présentent des risques de perte en capital, de blocage des parts et de liquidité. Les performances passées ne présagent pas des performances futures. L'avantage fiscal dépend de la situation individuelle de chaque investisseur. La réglementation fiscale est susceptible d'évoluer.
Retrouvez l'intégralité de l'échange en vidéo :