Gestion du réchauffement climatique en forêt

Le réchauffement climatique est une réalité pour les gestionnaires forestiers depuis 20 ans. Comment est-il géré ?

Températures GFI Groupement Forestier
Ecarts températures groupement forestier

Le graphe ci-contre montre l’écart des températures moyennes constatées chaque année depuis 1900 par rapport à la normale saisonnière de 1981 à 2010. A lui seul il convainc de l’existence du phénomène.

Le graphe suivant enfonce le clou en montrant que le premier semestre de 2019 n’a pas échappé à la règle : il montre l’écart quotidien des températures minimales et maximales constatées par rapport aux normales saisonnières.

Or l’intérêt de l’acquisition d’une forêt, et donc l’intérêt de la station forestière, se mesure notamment en fonction de ses historiques de températures et de pluviométrie. La dernière carte ci-contre, qui illustre les écarts de pluviométrie par rapport à la normale pendant l’été 2019 deviendra-t ‘elle la carte de référence pour choisir le lieu d’acquisition d’une forêt ? Les parties en rouge correspondront-elle bientôt à des landes ou des déserts ? La forêt y a-t ‘elle un avenir ?

Il est vrai que les événements sanitaires des dernières années justifient que l’on se pose la question. Depuis trois ans les Epicéas du Nord-Est de la France, mais de manière générale de toutes les zones peu arrosées, sont touchés par des attaques de scolytes, coléoptères qui les tuent en quelques mois. Une tempête (elle aussi le fruit du dérèglement climatique ?) a touché le Nord-Est de l’Europe, mettant au sol de nombreux arbres dans lesquels l’insecte s’est logé et reproduit. Le Frêne est menacé de disparition en France, depuis que la Calarose (un champignon) se répand, en partant du quart Nord-Est de notre territoire.

Heureusement la nature propose beaucoup de solutions, que l’homme sait parfois identifier et utiliser. En l’occurrence, c’est de favoriser la mixité. Il ne s’agit pas ici d’un programme politique mais d’un constat scientifique : une forêt résistera d’autant plus à ces risques phytosanitaires que ses essences seront diverses. En général un parasite d’une essence n’est pas nocif pour une autre, un peu comme si chaque arbre ou chaque carré de plantation était confiné à l’écart de la maladie grâce aux autres essences qui feraient barrière. Ainsi est-il nécessaire que les forêts mono-spécifiques d’Epicéas qui sont décimées soient replantées avec des essences variées.

Par ailleurs dans toutes nos forêts, au fil des exploitations, on veillera à favoriser des essences plus résistantes au contexte des 100 prochaines années. Par exemple dans une sapinière du Puy-de-Dôme, France Valley enrichit progressivement les jeunes plants de Douglas et de Mélèzes, plus résistants, alors que les sapins ont été « en station » depuis plus de 500 ans dans ce massif. De la même manière, le chêne n’est pas une essence uniforme. Le chêne pédonculé souffre de la sécheresse mais était préféré pour sa résistance au gel. Le Chêne sessile, plus frugal lui est désormais préféré. 

Finalement chaque forêt aura une stratégie de gestion différente, en fonction du contexte climatique du secteur et des potentialités des sols sur lesquels elle repose. Pour un investisseur, le choix d’un Groupement Forestier dont l’actif est constitué de nombreuses forêts diversifiées d’un point de vue géographique, essences et maturité, semble devenir une nécessité.